Sur Louise Michel :
- “Mémoires”, Louise Michel, La Découverte, Paris, 2002.
- “La vierge rouge, biographie de Louise Michel”, Xavière Gauthier, Les Editions de Paris Max Chaleil, Paris, 2005.
- “Mémoires d’un communard”, Gaston Da Costa, Larousse, Paris, 2009.
- “Les aventures de ma vie”, Hubert de Rochefort, Mercure de France, collection “le Temps retrouvé”, Paris, 2005.
- “Le roman de Rossel”, Christian Liger, Robert Laffont, Paris, 1998.
- “Regard d’un Parisien sur la Commune”, photographies inédites de la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, Jean Baronnet, Gallimard, Paris Bibliothèques, Paris, 2006.
- le DVD sur “Louise Michel, la révolutionnaire rêvée”, par Xavière Gauthier et Véronique Fau-Vincenti, Regards (www.regards.fr)
- le musée de l’Histoire Vivante, à Montreuil, où sont conservées des archives concernant Louise Michel : www.museehistoirevivante.com
Et en ce moment à l’affiche au cinéma “Louise Michel, la rebelle”, de Solveig Anspach, avec Sylvie Testud, Nathalie Boutefeu et Bernard Blancan.
… et sur l’Utopie :
- “L’utopie”, Thomas More, Librio Philosophie, Paris, 2003.
- “La cité du soleil”, Tommaso Campanella, Droz, Paris, 1990.
- “Changer le monde sans prendre le pouvoir”, John Holloway, Syllepse eds. 2008.
- “Misère de l’historicisme”, Karl Popper, Plon, Paris, 1956.
- “L’utopie, textes choisis et présentés”, Frédéric Rouvillois, Flammarion, Paris, 1999.
- “Dictionnaire des utopies”, Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon, Larousse, Paris, 2002.
- Le réel de l’utopie, essai sur le politique au XIXème siècle”, Michèle Riot-Sarcey, Bibliothèque Albin Michel Histoire, Paris, 1998.
- “Utopie, la quête de la société idéale en Occident” sous la direction de Lyman Tower Sargent et de Roland Schaer, Bibliothèque Nationale de France-Fayard, Paris, 2001.
- “Ces immigrés qui ont fait la France”, Dimitri Casali et Liesel Schiffer, Aubanel, Paris, 2007 (le chapitre concernant le saint-simonien Ismaël Urbain)
A noter l’intéressant site sur le familistère de Jean-Baptiste Bodin à Guise, dont l’expérience continue, sous diverses formes : www.familistere.com
mardi 13 avril 2010
vendredi 9 avril 2010
Demain samedi 10 avril, rendez-vous autour de Louise Michel et l'utopie
N'oubliez pas le matin, sur la mezzanine de la halle aux Oliviers à 10 heures, Elodie et Liesel vous attendent pour l'atelier d'écriture... et l'après-midi, à 16 heures, dans le forum se tiendra le café littéraire consacré à Louise Michel et à l'utopie avec Jean-Michel Couvreur, professeur de philosophie.
Venez nombreux ! Entrée libre au 19 rue Boyer.
La vidéo de l'atelier de février par Frank Mukasa accessible sur le site www.lieselschiffer.fr à la rubrique "Vidéo" ou ici :
http://www.lieselschiffer.fr/video/la-bellevilloise/
Venez nombreux ! Entrée libre au 19 rue Boyer.
La vidéo de l'atelier de février par Frank Mukasa accessible sur le site www.lieselschiffer.fr à la rubrique "Vidéo" ou ici :
http://www.lieselschiffer.fr/video/la-bellevilloise/
mardi 6 avril 2010
Venez rencontrer Liesel et Elodie jeudi 8 avril...
... sur la mezzanine de la halle aux Oliviers. Les deux écrivaines y accueilleront, autour d'un verre à partir de 19 heures, tous ceux qu'intéresse leur résidence d'écriture.
Et deux jours après, le samedi 10, elles "hanteront" encore le lieu, avec Zoxea leur désormais fidèle accompagnateur; le matin dès 10 heures pour un atelier d'écriture autour du thème de l'utopie, l'après-midi au forum à 16 heures pour parler de Louise Michel, l'insoumise de la Commune et de l'utopie encore avec Jean-Michel Couvreur, professeur de philosophie.
Le 8 ou le 10 ou le 8 ET le 10, vous serez les bienvenus !
Et vous pouvez aussi regarder le teaser de notre première intervention de février :
http://www.lieselschiffer.fr/video/la-bellevilloise/
Et deux jours après, le samedi 10, elles "hanteront" encore le lieu, avec Zoxea leur désormais fidèle accompagnateur; le matin dès 10 heures pour un atelier d'écriture autour du thème de l'utopie, l'après-midi au forum à 16 heures pour parler de Louise Michel, l'insoumise de la Commune et de l'utopie encore avec Jean-Michel Couvreur, professeur de philosophie.
Le 8 ou le 10 ou le 8 ET le 10, vous serez les bienvenus !
Et vous pouvez aussi regarder le teaser de notre première intervention de février :
http://www.lieselschiffer.fr/video/la-bellevilloise/
vendredi 2 avril 2010
Dans la peau d’un Bellevillois d’aujourd’hui, par Liesel
J’adore découvrir les nouveaux quartiers de Paris au fil de mes boulots. Ces six derniers mois, je les ai passés le long du canal Saint-Martin, ce coin si vivant du bord de la Seine dans la vieille capitale. Ça me fait un peu penser à Gand, la seule autre ville que je connaisse en Europe. J’ai un ami d’enfance, Adama, qui y travaille depuis cinq ans. Sur le canal, je fus d’abord dans un petit café-resto où je faisais un peu tout : le service en cas d’affluence, la plonge, le ménage après que Pablo, le patron, ait baissé le rideau de fer.
Plus tard, Selimou m’avait dégoté ce super plan dans ce restaurant à la mode. Tous les jeunes qui y vont dîner parlent d’un film célèbre qui y a été tourné il y a longtemps, par une super jolie actrice, paraît-il, avec un nom qui se termine en “i” et qui disait une phrase que tous répètent en rigolant : « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?” Moi je ne trouve pas ça spécialement drôle. De toute façon je ne connais pas le cinéma français, ni le cinéma en général. A Dakar, je suis passé souvent devant le Cinéma central sans jamais y entrer. C’est encore Selimou donc, mon copain du foyer de la rue des Amandiers, un ami, un vrai, de ceux qui vous prêtent un billet de 20 euros les mois de dèche ou vous passe son portable pour un appel urgent au pays. Selimou, c’est un “bandit” comme disait sa mère; il parle à n’importe qui et tout le monde le trouve “charmant”, même les Françaises aux cheveux longs qui sentent si bon mais ont toujours l’air pressé. C’est lui aussi qui trouve toujours des plans pour aller en boîte sans que ça pose trop de problème – ce malin parvient chaque fois à persuader une fille à l’entrée de convaincre le vigile qu’elle est avec nous et ça marche ! – . C’est lui aussi qui déniche les bonnes associations pour suivre des cours de français. Donc, l’autre soir, après la prière, Selimou m’a dit de passer de sa part voir le cuistot de la Bellevilloise, un endroit particulier où on trouve à la fois un resto, des concerts, des bals, tout un tas d’évènements différents, et même, paraît-il, des femmes qui se déshabillent et qui font des numéros avec du feu. Encore plus extraordinaire que mon petit resto pour ceux qui disent “Atmosphère, atmosphère !” C’est pour ça que me voici à descendre à la station Gambetta. Je suis toutes les instructions de Selimou : je me dirige vers le théâtre de la Colline, c’est facile, c’est marqué sur une pancarte. Le théâtre de la Colline... Ce que j’aime bien, à Paris, surtout dans ce quartier du 20ème arrondissement, c’est qu’on marche sur du béton toute la journée avec les feux rouges à la place des étoiles pour éclairer la nuit mais les rues portent des noms de campagne : rue des Prairies, rue des Cascades, théâtre de la Colline.
Je monte la rue de la Bidassoa, à la pente un peu raide, j’évite la rue d’Annam à droite et continue directement. Sur la gauche, des jeunes attendent devant un grand bâtiment en briques rouges qui me rappelle mon lycée. Ils ont l’air un peu moroses avec leurs sacs en bandoulières et leurs i-pod aux oreilles. Moi, j’aimais bien l’école, mais mon père n’a pas voulu que je continue trop longtemps. Il fallait l’aider à nourrir toute la famille. Je suis l’aîné de cinq, tout de même. Sur le trottoir, s’alignent des petites maisons comme à la campagne, avec des courettes et de minces portails de fer. Ça me rappelle cet endroit où j’étais allé faire les vendanges à l’est de la France, l’année de mon arrivée ici. J’avais bien aimé sauf qu’il y avait des chiens partout qui ne laissaient personne entrer dans les maisons. Et en France, un chien, c’est presque comme un homme, tu n’y touches pas ! Il y a même des vieilles dames et aussi des moins vieilles qui leur parlent dans la rue comme à un enfant. Pareil pour les chats. C’est étonnant.
Une grande porte marron m’annonce la Bellevilloise avec des affiches dessus tel que me l’a décrit Selimou. Une fois le seuil franchi, je tombe sur une cour avec des palmiers en pots. J’aime bien, ça me rappelle l’Afrique. Deux types enroulés dans des tabliers s’activent à ranger les poubelles. Un troisième, jeune, les cheveux retenus en queue-de-cheval, m’interroge : “C’est à quel sujet ? Nous ouvrons à 11 heures seulement.” Je réponds que j’ai rendez-vous avec le chef cuistot pour un travail. La mine un peu blasée, il m’indique une petite porte à l’extérieur du bâtiment, plus loin avant un escalier qui monte dans ce qui me semble être le vide… Me voici dans une sorte de grand hangar entreposé de tables avec plein de prospectus, une autre porte indique les cuisines, je la pousse et descends quelques marches. Un grand gaillard blond m’accueille tout de suite d’un ton jovial avant même que j’ai ouvert la bouche : “C’est toi Mamadou Dansaka ? Je t’attendais. C’est pour la place de plongeur ? – Oui ! Bonjour monsieur ! – Salut et bienvenu chez nous. Alors, parlons tout de suite de ce qui fâche, rit-il en me regardant droit dans les yeux, tu es en règle pour les papiers, bien sûr ?” Toujours la même question, mais depuis le temps, je connais le moyen d’esquiver.
Plus tard, Selimou m’avait dégoté ce super plan dans ce restaurant à la mode. Tous les jeunes qui y vont dîner parlent d’un film célèbre qui y a été tourné il y a longtemps, par une super jolie actrice, paraît-il, avec un nom qui se termine en “i” et qui disait une phrase que tous répètent en rigolant : « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?” Moi je ne trouve pas ça spécialement drôle. De toute façon je ne connais pas le cinéma français, ni le cinéma en général. A Dakar, je suis passé souvent devant le Cinéma central sans jamais y entrer. C’est encore Selimou donc, mon copain du foyer de la rue des Amandiers, un ami, un vrai, de ceux qui vous prêtent un billet de 20 euros les mois de dèche ou vous passe son portable pour un appel urgent au pays. Selimou, c’est un “bandit” comme disait sa mère; il parle à n’importe qui et tout le monde le trouve “charmant”, même les Françaises aux cheveux longs qui sentent si bon mais ont toujours l’air pressé. C’est lui aussi qui trouve toujours des plans pour aller en boîte sans que ça pose trop de problème – ce malin parvient chaque fois à persuader une fille à l’entrée de convaincre le vigile qu’elle est avec nous et ça marche ! – . C’est lui aussi qui déniche les bonnes associations pour suivre des cours de français. Donc, l’autre soir, après la prière, Selimou m’a dit de passer de sa part voir le cuistot de la Bellevilloise, un endroit particulier où on trouve à la fois un resto, des concerts, des bals, tout un tas d’évènements différents, et même, paraît-il, des femmes qui se déshabillent et qui font des numéros avec du feu. Encore plus extraordinaire que mon petit resto pour ceux qui disent “Atmosphère, atmosphère !” C’est pour ça que me voici à descendre à la station Gambetta. Je suis toutes les instructions de Selimou : je me dirige vers le théâtre de la Colline, c’est facile, c’est marqué sur une pancarte. Le théâtre de la Colline... Ce que j’aime bien, à Paris, surtout dans ce quartier du 20ème arrondissement, c’est qu’on marche sur du béton toute la journée avec les feux rouges à la place des étoiles pour éclairer la nuit mais les rues portent des noms de campagne : rue des Prairies, rue des Cascades, théâtre de la Colline.
Je monte la rue de la Bidassoa, à la pente un peu raide, j’évite la rue d’Annam à droite et continue directement. Sur la gauche, des jeunes attendent devant un grand bâtiment en briques rouges qui me rappelle mon lycée. Ils ont l’air un peu moroses avec leurs sacs en bandoulières et leurs i-pod aux oreilles. Moi, j’aimais bien l’école, mais mon père n’a pas voulu que je continue trop longtemps. Il fallait l’aider à nourrir toute la famille. Je suis l’aîné de cinq, tout de même. Sur le trottoir, s’alignent des petites maisons comme à la campagne, avec des courettes et de minces portails de fer. Ça me rappelle cet endroit où j’étais allé faire les vendanges à l’est de la France, l’année de mon arrivée ici. J’avais bien aimé sauf qu’il y avait des chiens partout qui ne laissaient personne entrer dans les maisons. Et en France, un chien, c’est presque comme un homme, tu n’y touches pas ! Il y a même des vieilles dames et aussi des moins vieilles qui leur parlent dans la rue comme à un enfant. Pareil pour les chats. C’est étonnant.
Une grande porte marron m’annonce la Bellevilloise avec des affiches dessus tel que me l’a décrit Selimou. Une fois le seuil franchi, je tombe sur une cour avec des palmiers en pots. J’aime bien, ça me rappelle l’Afrique. Deux types enroulés dans des tabliers s’activent à ranger les poubelles. Un troisième, jeune, les cheveux retenus en queue-de-cheval, m’interroge : “C’est à quel sujet ? Nous ouvrons à 11 heures seulement.” Je réponds que j’ai rendez-vous avec le chef cuistot pour un travail. La mine un peu blasée, il m’indique une petite porte à l’extérieur du bâtiment, plus loin avant un escalier qui monte dans ce qui me semble être le vide… Me voici dans une sorte de grand hangar entreposé de tables avec plein de prospectus, une autre porte indique les cuisines, je la pousse et descends quelques marches. Un grand gaillard blond m’accueille tout de suite d’un ton jovial avant même que j’ai ouvert la bouche : “C’est toi Mamadou Dansaka ? Je t’attendais. C’est pour la place de plongeur ? – Oui ! Bonjour monsieur ! – Salut et bienvenu chez nous. Alors, parlons tout de suite de ce qui fâche, rit-il en me regardant droit dans les yeux, tu es en règle pour les papiers, bien sûr ?” Toujours la même question, mais depuis le temps, je connais le moyen d’esquiver.
mercredi 31 mars 2010
Le fruit de l'inspiration de Zoxea lors de l'atelier d'écriture du 20 mars...
ALLO SAM, C'EST CHERIFA, COMMENT TU VAS, BIEN?
Oui impec et toi quoi d'neuf qu'est-ce que tu deviens?
BEN MOI CA VA, TOUJOURS DANS LE QUARTIER MAIS JE NE T'Y VOIS PLUS.
C'est normal j'ai eu deux trois galères, tu connais mon amour pour la rue.
OUAIS JE VOIS ET SINON TU FAIS QUOI CE SOIR T'AS UN PLAN?
A vrai dire non, je n'ai rien prévu pour l'instant... Pourquoi?
PARCE QU'IL Y A UN CONCERT D'RAP A LA BELLEVILLOISE CE SOIR ET J'AI DEUX
PLACES.
Ah oui c'est cool en plus c'est à deux pas d'chez moi direct j'me déplace.
CHOUETTE JE T'ATTENDRAI A 20H00 EN HAUT D'LA RUE BOYER.
Au fait j'espère qu'c'est pas du rap de jeunots marre d'les entendre aboyer.
AH BON T'AIMES PAS L'RAP J'CROYAIS QU'T'AVAIS ETE BERCE PAR CA.
Tu sais Chérifa j'ai bien changé depuis ces deux années d'carpla.
CA Y EST TU T'ES RANGE DES VOITURES MAINTENANT T'ES DEVENU UN BOBO.
Non pas du tout mais j'préfère les poètes sages comme ce groupe de Boubou.
ATTENDS TU PARLES DES SAGES PO MAIS C'EST EUX QU'ON VA VOIR CE SOIR.
Franchement Chérifa t'assures c'est sûr qu'on va se revoir...
Oui impec et toi quoi d'neuf qu'est-ce que tu deviens?
BEN MOI CA VA, TOUJOURS DANS LE QUARTIER MAIS JE NE T'Y VOIS PLUS.
C'est normal j'ai eu deux trois galères, tu connais mon amour pour la rue.
OUAIS JE VOIS ET SINON TU FAIS QUOI CE SOIR T'AS UN PLAN?
A vrai dire non, je n'ai rien prévu pour l'instant... Pourquoi?
PARCE QU'IL Y A UN CONCERT D'RAP A LA BELLEVILLOISE CE SOIR ET J'AI DEUX
PLACES.
Ah oui c'est cool en plus c'est à deux pas d'chez moi direct j'me déplace.
CHOUETTE JE T'ATTENDRAI A 20H00 EN HAUT D'LA RUE BOYER.
Au fait j'espère qu'c'est pas du rap de jeunots marre d'les entendre aboyer.
AH BON T'AIMES PAS L'RAP J'CROYAIS QU'T'AVAIS ETE BERCE PAR CA.
Tu sais Chérifa j'ai bien changé depuis ces deux années d'carpla.
CA Y EST TU T'ES RANGE DES VOITURES MAINTENANT T'ES DEVENU UN BOBO.
Non pas du tout mais j'préfère les poètes sages comme ce groupe de Boubou.
ATTENDS TU PARLES DES SAGES PO MAIS C'EST EUX QU'ON VA VOIR CE SOIR.
Franchement Chérifa t'assures c'est sûr qu'on va se revoir...
samedi 27 mars 2010
La participation de l'écrivain Benjamin Sehene à l'atelier d'écriture du 20 mars...
Un verre à la Belleviloise
Au sixième étage d'un immeuble de la rue Pelleport, dans le vingtième arrondissement de Paris, deux hommes noirs discutent, assis dans le coin salon d’un appartement exigu :
Jean – “Hier soir j'ai donné rendez-vous à James pour prendre un verre avec nous à la Bellevilloise. La classe, non ?
Michel – Waouh ! Mais nous devions aller voir ton frère, je croyais ?
Jean – Ah, bon ! Mon frère ?
Michel – Ouais… Ton frère !
Jean – Attends, mais on est quel jour, déjà ?
Michel – Samedi 20 mars…
Jean – Oh, putain! Mince, alors. Je dois absolument passer mon manuscrit à Jim et par tous les moyens pour qu'il puisse le présenter à son éditeur.
Michel- Tu ne peux pas le faire une autre fois ? Ou bien, le lui envoyer par la Poste ?
Jean – Non, impossible.
Michel – Pourquoi ?
Jean – Après, je ne verrai plus James avant deux ou trois mois. Il part au Canada, tu comprends ?
Michel – C'est le seul jour de visite autorisée dans le mois au centre de rétention. Et ton frère sera probablement expulsé d'ici quelques jours. Tu ne le reverras peut-être plus jamais.
Jean – Ecoute, faisons quand même un saut à la Bellevilloise, une façon comme une autre de nous détendre. Ok ? Ensuite ce sera peut-être plus facile de se taper l’épreuve de cette prison pour étrangers… Qu’en dis-tu ?”
Benjamin Sehene
Au sixième étage d'un immeuble de la rue Pelleport, dans le vingtième arrondissement de Paris, deux hommes noirs discutent, assis dans le coin salon d’un appartement exigu :
Jean – “Hier soir j'ai donné rendez-vous à James pour prendre un verre avec nous à la Bellevilloise. La classe, non ?
Michel – Waouh ! Mais nous devions aller voir ton frère, je croyais ?
Jean – Ah, bon ! Mon frère ?
Michel – Ouais… Ton frère !
Jean – Attends, mais on est quel jour, déjà ?
Michel – Samedi 20 mars…
Jean – Oh, putain! Mince, alors. Je dois absolument passer mon manuscrit à Jim et par tous les moyens pour qu'il puisse le présenter à son éditeur.
Michel- Tu ne peux pas le faire une autre fois ? Ou bien, le lui envoyer par la Poste ?
Jean – Non, impossible.
Michel – Pourquoi ?
Jean – Après, je ne verrai plus James avant deux ou trois mois. Il part au Canada, tu comprends ?
Michel – C'est le seul jour de visite autorisée dans le mois au centre de rétention. Et ton frère sera probablement expulsé d'ici quelques jours. Tu ne le reverras peut-être plus jamais.
Jean – Ecoute, faisons quand même un saut à la Bellevilloise, une façon comme une autre de nous détendre. Ok ? Ensuite ce sera peut-être plus facile de se taper l’épreuve de cette prison pour étrangers… Qu’en dis-tu ?”
Benjamin Sehene
vendredi 26 mars 2010
Le texte de Fred Olsen, l'un des participants de l'atelier d'écriture du 20 mars
Promenade dans Belleville
Rue Boyer, elle monte jusqu’à la rue Ménilmontant qui apparaît comme un bout d’horizon, strié par le passage des voitures. A droite, la petite rue Laurence Savard, bordée de maisonnettes que les lierres et les frondaisons envahissent, ses pavés mal sertis, le trottoir si étroit qu’on y marche comme un funambule.
Il est rare qu’on croise quelqu’un dans ces parages. Des enfants en culottes courtes qui jouent au ballon, une jeune femme en jupe longue poussant une porte, un vitrier le dos affublé d’un rectangle de verre posé sur un cadre de bois. Non, aucune rencontre de la sorte. Aujourd’hui, son Rolleiflex en main, Willy Ronis n’aurait plus à saisir de personnage émergeant dans ce tremblement de lumière qu’il affectionnait tant. A travers cette petite rue vide, dodelinant sur la colline de Belleville, on ne voit que des images d’un autre monde. Quel présent a donc pris possession de ces lieux ? A y regarder de près, ce sont encore aujourd’hui des images, d’autres images, qui accaparent mon regard. Sur un pan de mur, s’attroupent les animaux de ménagerie des Mosko, ailleurs court après des mouettes le pantin blanc de Mesnager, plus loin c’est l’homme à l’imperméable noir de Nemo qui cherche à attraper un papillon chamarré. Images aux couleurs éclatantes peintes par des poètes de la rue, images chipées dans un livre des merveilles. Des images, comme si mon regard ne retirait rien d’autre parmi la réalité devant moi, une réalité devenue trop pâle, presque inexistante.
Puis plus en amont, sur la gauche, la façade de La Bellevilloise. Mur de brique, rythme élégant de la construction, formules à la vue du passant claironnant l’esprit rebelle du 20ème : « coopérative ouvrière », « du producteur au consommateur », « maison du peuple ». Après les émeutes de la Commune, le feu des régiments lancés baïonnettes au canon contre le peuple, les amoncellements de cadavres dans les allées du Père Lachaise, il a fallu rêver autre chose. Autre chose que la lutte sans merci, les décombres et la folie furieuse des hommes. On a édifié ce bâtiment imposant avec l’espoir tenace d’une vie meilleure. D’autres images se sont entassées là. Devantures remplies de marchandises, voitures de livraisons prêtes à sillonner aux quatre coins de l’arrondissement, personnel posant en rang d’oignons sur le trottoir, clients attablés dans la grande salle du bas trinquant ou lisant le journal. L’utopie a remplacé le carnage. On a camouflé le crime, maquillé la mort, embelli la vie.
Aujourd’hui la sève de ce lieu s’est évaporée, ne restent que des fleurs séchées, une odeur de vieux livre d’histoire, les pages sans images d’un Malet & Isaac de petit écolier.
Fred Olsen
Rue Boyer, elle monte jusqu’à la rue Ménilmontant qui apparaît comme un bout d’horizon, strié par le passage des voitures. A droite, la petite rue Laurence Savard, bordée de maisonnettes que les lierres et les frondaisons envahissent, ses pavés mal sertis, le trottoir si étroit qu’on y marche comme un funambule.
Il est rare qu’on croise quelqu’un dans ces parages. Des enfants en culottes courtes qui jouent au ballon, une jeune femme en jupe longue poussant une porte, un vitrier le dos affublé d’un rectangle de verre posé sur un cadre de bois. Non, aucune rencontre de la sorte. Aujourd’hui, son Rolleiflex en main, Willy Ronis n’aurait plus à saisir de personnage émergeant dans ce tremblement de lumière qu’il affectionnait tant. A travers cette petite rue vide, dodelinant sur la colline de Belleville, on ne voit que des images d’un autre monde. Quel présent a donc pris possession de ces lieux ? A y regarder de près, ce sont encore aujourd’hui des images, d’autres images, qui accaparent mon regard. Sur un pan de mur, s’attroupent les animaux de ménagerie des Mosko, ailleurs court après des mouettes le pantin blanc de Mesnager, plus loin c’est l’homme à l’imperméable noir de Nemo qui cherche à attraper un papillon chamarré. Images aux couleurs éclatantes peintes par des poètes de la rue, images chipées dans un livre des merveilles. Des images, comme si mon regard ne retirait rien d’autre parmi la réalité devant moi, une réalité devenue trop pâle, presque inexistante.
Puis plus en amont, sur la gauche, la façade de La Bellevilloise. Mur de brique, rythme élégant de la construction, formules à la vue du passant claironnant l’esprit rebelle du 20ème : « coopérative ouvrière », « du producteur au consommateur », « maison du peuple ». Après les émeutes de la Commune, le feu des régiments lancés baïonnettes au canon contre le peuple, les amoncellements de cadavres dans les allées du Père Lachaise, il a fallu rêver autre chose. Autre chose que la lutte sans merci, les décombres et la folie furieuse des hommes. On a édifié ce bâtiment imposant avec l’espoir tenace d’une vie meilleure. D’autres images se sont entassées là. Devantures remplies de marchandises, voitures de livraisons prêtes à sillonner aux quatre coins de l’arrondissement, personnel posant en rang d’oignons sur le trottoir, clients attablés dans la grande salle du bas trinquant ou lisant le journal. L’utopie a remplacé le carnage. On a camouflé le crime, maquillé la mort, embelli la vie.
Aujourd’hui la sève de ce lieu s’est évaporée, ne restent que des fleurs séchées, une odeur de vieux livre d’histoire, les pages sans images d’un Malet & Isaac de petit écolier.
Fred Olsen
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